Aujourd’hui hôtesse sur Air Burkina, cette jeune Burkinabè vient de publier un livre sur le « plus beau métier du monde ». Sarifatou Kouanda a d’abord été mannequin à Ouagadougou, avant de se lancer dans l’aviation d’affaires. Interview.

Propos recueillis par Bruno Fanucchi

Vous êtes de passage à Paris et c’est pour vous une grande première…

Sarifatou Kouanda – Paris est la plus belle ville du monde et c’est de surcroît la capitale de la mode. J’ai toujours rêvé de visiter Paris et c’est enfin le cas. J’ai déjà vu la tour Eiffel et de nombreux sites touristiques inoubliables que je ne connaissais qu’à la télévision. Je suis aux anges ! J’ai pris de nombreuses photos et repartirai de France avec de très beaux souvenirs de ce séjour merveilleux.

J’étais en effet invitée – pour présenter mon livre – au 5è Salon africain du livre de Paris, qui s’est déroulé les 21 et 22 mars derniers, mais je n’ai finalement obtenu mon visa pour la France qu’après l’événement… Qu’à cela ne tienne, je reviendrai l’année prochaine.

Quel est l’objet de ce premier livre ?

Sarifatou Kouanda – C’est l’odyssée d’une hôtesse de l’air que j’ai voulu écrire sur mon parcours professionnel après dix ans d’expérience dans l’aviation d’affaires puis dans l’avion de ligne commerciale sur Air Burkina. C’est un petit livre que j’ai intitulé « Dix ans d’altitude ». Pour sa sortie, j’ai d’ailleurs organisé une belle séance de dédicace à l’hôtel Azalaï parrainée par Idrissa Nassa, PDG du groupe Coris Bank International, et Président de la COGEF (Confédération Générale des Entreprises du Faso) une personnalité très en vue à Ouagadougou que je remercie vraiment pour son soutien.

Sarifatou Kouanda est aussi hôtesse de l’air à Air Burkina. © DR

Combien avez-vous déjà d’heures de vol ?

Sarifatou Kouanda – Je totalise à ce jour plus de 9.000 heures de vol en dix ans. Je suis hôtesse depuis 2015 et j’ai fait mes premiers pas dans l’aviation d’affaires. Ce sont des vols qui transportent les autorités ou des personnalités VIP. L’aviation d’affaires est bien différente de l’avion commerciale où j’ai souhaité par la suite travailler et innover afin d’avoir une autre expérience et un CV particulièrement riche. C’est ainsi que j’ai rejoins et vole depuis 2022 sur les lignes d’Air Burkina, notre compagnie nationale.

« Hôtesse de l’air, c’est le plus beau métier du monde ! »

Sarifatou Kouanda

N’est-ce pas par hasard que vous êtes devenue hôtesse ?

Sarifatou Kouanda – C’est un peu par hasard, en effet. Mes débuts dans l’avion d’affaires, c’est une chance extraordinaire qui m’a souris. Avant même d’aller faire ma formation d’hôtesse de l’air au Maroc, où j’ai été certifiée en obtenant mon diplôme CCA (Cabin Crew Attestation), j’ai en effet débuté par un stage, puis un engagement à l’essai. Je suis alors tombée amoureuse de ce métier et j’ai décidé d’en faire mon parcours professionnel en mettant toutes les chances de mon côté.

Ma formation de base, c’était la comptabilité. J’ai fait un master 2 de Finances et comptabilité, mais je n’arrivai même pas à décrocher un stage dans ce domaine. Mais la chance m’a souris et ce fut une opportunité que j’ai immédiatement saisie.

Un trophée de plus pour Miss Aviation. © DR

Que représente pour vous ce métier ?

Sarifatou Kouanda – Je le dis sans emphase, hôtesse de l’air, c’est le plus beau métier du monde ! Car nous devons faire face à tout : nous sommes à la fois des sapeurs pompiers et assurons la sécurité des passagers. On voyage beaucoup et rencontrons beaucoup de personnalités de nationalités différentes. Nous visitons de nombreux pays et descendons toujours dans de grands hôtels. J’ai visité ainsi tous les pays de l’Afrique de l’Ouest. Mais avec les jets de l’aviation d’affaires, j’ai ainsi été plusieurs fois à Milan ou Istanbul, où j’avais déjà été pour la grande foire de la mode en Turquie, l’Istanbul Fashion Connection. C’est donc un métier fascinant.

Quel a été le déclic pour raconter tout cela dans un livre ?

Sarifatou Kouanda – Cela est venu naturellement car, quand j’étais dans l’aviation d’affaires, je faisais après chaque vol des résumés comme pour un carnet de bord où je notais tout de mes prestations et des situations imprévues auxquelles j’ai dû faire face : ce que j’ai vécu, ce que j’ai vu et ce que j’ai eu à faire pour un passager malade par exemple. Et rien ne m’échappait dans ces compte-rendus que je me mettais sur mon « flight book ». Je m’en suis largement inspirée pour écrire cet ouvrage qui décrit par le détail le métier d’hôtesse de l’air avec ses bons côtés comme ses servitudes.

« Il faut y croire et aller jusqu’au bout de ses rêves »

Sarifatou Kouanda

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles qui rêvent de voler comme vous ?

Sarifatou Kouanda – Comme je l’ai déjà dit, ce métier est le plus beau métier au monde. Si j’ai un conseil à donner aux Africaines passionnées par l’aviation ou aux futurs PNC (Personnel navigant commercial) de l’aviation en général, qu’ils soient stewarts ou hôtesses, c’est d’y croire, de foncer et d’aller jusqu’au bout de leurs rêves, de prendre les bonnes informations pour réussir à exercer ce métier. J’ai fait, quant à moi plusieurs mois de formation au sein du groupe Air Form Maroc à Casablanca et cette école m’a tout appris. C’est une école que je recommande à tous ceux et celles qui veulent se lancer dans ce métier pour y faire carrière.

D’où vient ce titre ou ce surnom que l’on vous donne de Miss Aviation ?

Sarifatou Kouanda  –  C’est juste un titre, c’est comme une décoration, que l’on m’a donné lors de ma formation au Maroc où j’ai été qualifiée en 2019 par mes supérieurs de « Miss Aviation du Burkina » et j’ai gardé ce titre qui me plait beaucoup et sous l’appellation duquel tous me connaissent dans ce milieu.

Il est vrai que vous avez aussi été mannequin…

Sarifatou Kouanda – Quand j’ai eu mon BEPC, j’étais tellement amoureuse du mannequinat et, voir de jolies filles défiler sur les podiums, cela me fascinait trop. J’ai donc été m’inscrire dans une agence de mannequins, j’ai fait une formation puis j’ai défilé à mon tour de 2010 à 2012 pour plusieurs grands stylistes comme Prince Dessuti (Marcel Ouédraogo à l’état civil), l’un des meilleurs stylistes du pays de Hommes intègres, aujourd’hui décédé, Dieu ait son âme !

Schooting pour un défilé à Ouagadougou. © DR

Mais accéder aux podiums fut toujours difficile et j’ai rapidement choisi une autre voie car ce n’était pas mon milieu de prédilection. J’ai donc tenté ma chance ailleurs et fait un temps du journalisme pour Radio Optima, avant de créer à Ouagadougou « Amazone Management », une agence d’événementiel qui marche très bien, puis plus récemment « Miss Aviation Beauty Space » qui est un  institut de beauté pour les hôtesses et stewarts.

Pour vous, qu’est-ce qu’une diva ?

Sarifatou Kouanda – Une diva, c’est une étoile qui brille aux yeux de tous. A l’image par exemple de Georgina Rodriguez, l’épouse du footballeur Cristiano  Ronaldo, qui est à la fois mannequin et influenceuse, car c’est elle qui m’inspire beaucoup.